Le référendum interne du Parti Socialiste a constitué un temps
fort de l'actualité médiatique de ces derniers jours. Il a dans le même
temps très fortement mobilisé les militants socialistes, en conduisant 80%
d'entre eux à se prononcer sur le texte. Cette très forte participation est-elle
un signe annonciateur d'une montée en puissance du débat sur le projet de
constitution dans l'opinion publique dans les mois qui viennent ? C'est à cette interrogation
que le sondage CSA/Le Bleu de Profession Politique tente de répondre.
Un intérêt qui demeure marginal et favorable au "oui"
Seuls un quart des personnes interrogées environ se déclarent intéressées
par le débat sur le référendum de ratification du projet de Constitution
européenne (27%). A l'inverse, pour la très grande majorité de nos
concitoyens, ce débat demeure lointain (71%). 41% avouent même ne pas s'intéresser
du tout à cet enjeu. Les enquêtes de CSA réalisées depuis la
rentrée sur le référendum ont toutes soulignées le risque
d'une abstention très élevée à ce scrutin s'il avait lieu
demain (autour de 60% environ). Le faible intérêt suscité par le débat
confirme la réalité de ce risque. Pour mémoire, rappelons que la
même question, posée par CSA en 1992 concernant le débat sur le référendum
de ratification du traité de Maastricht, donnait des résultats diamétralement
opposés : les deux tiers des Français s'intéressaient alors à
ce débat. Même si la date du référendum n'est pas encore connue,
même si la campagne n'est pas encore lancée, cette comparaison souligne la
difficulté qui s'annonce pour chaque camp à mobiliser l'opinion dans la
perspective du référendum. Le manque d'information sur le texte (seuls 31%
des Français se déclaraient bien informés dans un sondage récent
de CSA), la complexité du traité et l'absence d'un élément
susceptible de cristalliser les opinions (au contraire du traité de Maastricht
avec la mise en place d'une monnaie unique) expliquent ce désintérêt.
Cette difficulté ne sera toutefois pas de la même intensité pour
les partisans du traité et ceux qui s'y opposent. En effet, l'analyse socio-politique
des réponses souligne de fortes disparités dans l'intérêt actuel
porté au débat. D'une manière générale, les catégories,
qui sont les plus susceptibles de se prononcer contre l'adoption du traité apparaissent
également comme les plus détachées à l'égard du débat.
C'est notamment le cas des catégories populaires (seuls 14% des employés
et 15% des ouvriers s'intéressent à cet enjeu), des personnes peu diplômées
(22% d'intérêt seulement pour les "sans diplôme", 23% pour
les titulaires d'un BEPC/CAP/BEP) ou des sympathisants de mouvements politiques s'étant
positionnés contre le traité constitutionnel : seuls 19% des sympathisants
d'extrême gauche, 21% de ceux du Parti Communiste, 23% de ceux du RPF ou du MPF
et 14% de ceux du Front National éprouvent de l'intérêt pour ce débat.
A l'inverse, les cadres et professions libérales (37%), les titulaires d'un diplôme
supérieur à Bac+2 (50%) et les sympathisants du Parti Socialiste (37%) et
de l'UMP (39%) se révèlent plus attentifs à ce débat et penchent
traditionnellement pour l'approbation du traité.
L'adhésion à l'entrée de la Turquie demeure minoritaire et mutiforme
dans l'opinion
50% des Français continuent de s'opposer à l'entrée de la Turquie
dans l'UE, contre 37% qui y sont favorables. Sur ce débat, le vrai clivage n'est
pas social mais générationnel et politique. Ainsi, si 63% des 18-24 ans
et 53% des 25-34 ans sont favorables à une Turquie dans l'Union Européenne,
seuls 26% des 50-64 ans et 24% des 65 ans et plus partagent ce point de vue. Parallèlement,
les sympathisants de gauche (45%) sont plus ouverts à l'adhésion de la Turquie
(les études qualitatives soulignent que l'argument d'une adhésion qui permettrait
d'aider la Turquie à se développer économiquement et démocratiquement
porte plus chez eux) que ceux de droite (30%). Notons ici que les personnes se déclarant
proches de l'UMP sont sur ce point en désaccord avec le Président de la
République (59% sont opposés à l'adhésion de la Turquie).
Les raisons de l'opposition à cette adhésion sont multiples. Le "niveau
démocratique" de ce pays inquiète 45% des personnes hostiles à
son entrée dans l'UE, notamment les plus diplômés d'entre eux. La
question de "l'appartenance géographique" fonde ensuite l'hostilité
à l'intégration (39%). La géographie de l'Europe et la question de
ses limites renvoient alors à celle de son bon fonctionnement : l'Europe ayant
du mal à fonctionner à 15 dans le passé et encore plus à 25
aujourd'hui, comment y arrivera-t-elle avec la Turquie ?
La crainte économique et sociale explique également l'opposition à
l'adhésion de ce pays (34%). La Turquie est perçue comme moins développée
économiquement et à moindre protection sociale. Or les Français ,s'ils
sont majoritairement favorables à une harmonisation sociale européenne,
craignent qu'elle ne se fasse par le bas. En un mot ils redoutent le dumping social d'où
le fait qu'il souhaitent d'abord l'intégration de pays riches ou perçus
comme bénéficiant de niveaux de vie comparables aux nôtres. Les plus
précaires (employés, ouvriers) sont plus hostiles que la moyenne à
cette adhésion pour cette raison.
Enfin, il ne faut pas négliger la crainte culturelle. La question religieuse (28%)
s'exprime notamment parmi les sympathisants de droite (33%).