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 Paris, le 15 décembre 2004


Les Français, la Constitution européenne et l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne


L'analyse de l'Institut CSA

Pour plus d'informations:
Jean-Daniel Lévy
Directeur du Département Politique-Opinion de CSA
E-mail :
CSA
22, rue du 4 Septembre
BP 6571 - 75065 Paris Cedex 2
Tél. 01 44 94 59 10 / 11
Fax. 01 44 94 34 00

- Sondage exclusif CSA /
LE BLEU DE PROFESSION POLITIQUE -


Fiche Technique :

Sondage exclusif CSA / LE BLEU DE PROFESSION POLITIQUE réalisé par téléphone le 9 décembre 2004.
Echantillon national représentatif de 1006 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d'agglomération.





QUESTION : Vous intéressez-vous beaucoup, assez, peu ou pas du tout au débat sur le référendum de ratification du projet de Constitution européenne ?

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Ensemble des Français
  %
Beaucoup / Assez 27
- Beaucoup 8
- Assez 19
Peu / Pas du tout 71
- Peu 30
- Pas du tout 41
- Ne se prononcent pas 2
TOTAL   100


QUESTION : Etes-vous favorable ou opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne ?


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Rappel 1
En semble des Français Novembre 2002
En semble des Français Décembre 2004
  % %
- Favorable 33 37
- Opposé 55 50
- Ne se prononcent pas 12 13
TOTAL   100 100

1 Sondage exclusif CSA / LE PARISIEN / AUJOURD'HUI EN FRANCE réalisé par téléphone le 20 novembre 2002
auprès d'un échantillon national représentatif de 924 personnes âgées de 18 ans et plus.




Evolution de l'attitude vis-à-vis de
l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne



QUESTION : Pourquoi êtes-vous opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne ?


Question posée uniquement aux personnes qui se déclarent opposées
à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, soit 50 % de l'échantillon

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%
- Parce que ce pays n'est pas suffisamment démocratique 45
- Parce que la Turquie n'est pas en Europe 39
- Parce que le niveau de développement économique et social de   la Turquie est trop éloigné de celui des autres pays de l'Union européenne 34
- Parce que c'est un pays dont la majorité des habitants sont   musulmans 28
- Autres raisons (réponse non suggérée) 6
- Aucune de ces raisons (réponse non suggérée) 1
- Ne se prononcent pas 2
TOTAL   (1)

(1) Total supérieur à 100, les interviewés ayant pu donner deux réponses.



Le référendum interne du Parti Socialiste a constitué un temps fort de l'actualité médiatique de ces derniers jours. Il a dans le même temps très fortement mobilisé les militants socialistes, en conduisant 80% d'entre eux à se prononcer sur le texte. Cette très forte participation est-elle un signe annonciateur d'une montée en puissance du débat sur le projet de constitution dans l'opinion publique dans les mois qui viennent ? C'est à cette interrogation que le sondage CSA/Le Bleu de Profession Politique tente de répondre.

Un intérêt qui demeure marginal et favorable au "oui"

Seuls un quart des personnes interrogées environ se déclarent intéressées par le débat sur le référendum de ratification du projet de Constitution européenne (27%). A l'inverse, pour la très grande majorité de nos concitoyens, ce débat demeure lointain (71%). 41% avouent même ne pas s'intéresser du tout à cet enjeu. Les enquêtes de CSA réalisées depuis la rentrée sur le référendum ont toutes soulignées le risque d'une abstention très élevée à ce scrutin s'il avait lieu demain (autour de 60% environ). Le faible intérêt suscité par le débat confirme la réalité de ce risque. Pour mémoire, rappelons que la même question, posée par CSA en 1992 concernant le débat sur le référendum de ratification du traité de Maastricht, donnait des résultats diamétralement opposés : les deux tiers des Français s'intéressaient alors à ce débat. Même si la date du référendum n'est pas encore connue, même si la campagne n'est pas encore lancée, cette comparaison souligne la difficulté qui s'annonce pour chaque camp à mobiliser l'opinion dans la perspective du référendum. Le manque d'information sur le texte (seuls 31% des Français se déclaraient bien informés dans un sondage récent de CSA), la complexité du traité et l'absence d'un élément susceptible de cristalliser les opinions (au contraire du traité de Maastricht avec la mise en place d'une monnaie unique) expliquent ce désintérêt.

Cette difficulté ne sera toutefois pas de la même intensité pour les partisans du traité et ceux qui s'y opposent. En effet, l'analyse socio-politique des réponses souligne de fortes disparités dans l'intérêt actuel porté au débat. D'une manière générale, les catégories, qui sont les plus susceptibles de se prononcer contre l'adoption du traité apparaissent également comme les plus détachées à l'égard du débat. C'est notamment le cas des catégories populaires (seuls 14% des employés et 15% des ouvriers s'intéressent à cet enjeu), des personnes peu diplômées (22% d'intérêt seulement pour les "sans diplôme", 23% pour les titulaires d'un BEPC/CAP/BEP) ou des sympathisants de mouvements politiques s'étant positionnés contre le traité constitutionnel : seuls 19% des sympathisants d'extrême gauche, 21% de ceux du Parti Communiste, 23% de ceux du RPF ou du MPF et 14% de ceux du Front National éprouvent de l'intérêt pour ce débat. A l'inverse, les cadres et professions libérales (37%), les titulaires d'un diplôme supérieur à Bac+2 (50%) et les sympathisants du Parti Socialiste (37%) et de l'UMP (39%) se révèlent plus attentifs à ce débat et penchent traditionnellement pour l'approbation du traité.

L'adhésion à l'entrée de la Turquie demeure minoritaire et mutiforme dans l'opinion

50% des Français continuent de s'opposer à l'entrée de la Turquie dans l'UE, contre 37% qui y sont favorables. Sur ce débat, le vrai clivage n'est pas social mais générationnel et politique. Ainsi, si 63% des 18-24 ans et 53% des 25-34 ans sont favorables à une Turquie dans l'Union Européenne, seuls 26% des 50-64 ans et 24% des 65 ans et plus partagent ce point de vue. Parallèlement, les sympathisants de gauche (45%) sont plus ouverts à l'adhésion de la Turquie (les études qualitatives soulignent que l'argument d'une adhésion qui permettrait d'aider la Turquie à se développer économiquement et démocratiquement porte plus chez eux) que ceux de droite (30%). Notons ici que les personnes se déclarant proches de l'UMP sont sur ce point en désaccord avec le Président de la République (59% sont opposés à l'adhésion de la Turquie).

Les raisons de l'opposition à cette adhésion sont multiples. Le "niveau démocratique" de ce pays inquiète 45% des personnes hostiles à son entrée dans l'UE, notamment les plus diplômés d'entre eux. La question de "l'appartenance géographique" fonde ensuite l'hostilité à l'intégration (39%). La géographie de l'Europe et la question de ses limites renvoient alors à celle de son bon fonctionnement : l'Europe ayant du mal à fonctionner à 15 dans le passé et encore plus à 25 aujourd'hui, comment y arrivera-t-elle avec la Turquie ?

La crainte économique et sociale explique également l'opposition à l'adhésion de ce pays (34%). La Turquie est perçue comme moins développée économiquement et à moindre protection sociale. Or les Français ,s'ils sont majoritairement favorables à une harmonisation sociale européenne, craignent qu'elle ne se fasse par le bas. En un mot ils redoutent le dumping social d'où le fait qu'il souhaitent d'abord l'intégration de pays riches ou perçus comme bénéficiant de niveaux de vie comparables aux nôtres. Les plus précaires (employés, ouvriers) sont plus hostiles que la moyenne à cette adhésion pour cette raison.

Enfin, il ne faut pas négliger la crainte culturelle. La question religieuse (28%) s'exprime notamment parmi les sympathisants de droite (33%).